Actualité :
ERIH Annual Conference 2013 - Save the date - Call for papers now open
ERIH Annual Conference 2013 – Back in the Ruhr
Subject: “Measuring the benefits of industrial...
Review of the ERIH Annual Conference 2012
More than 100 delegates from 15 European Countries attended the ERIH Conference 2012 in September...
Call for papers: Rust, Regeneration and Romance: Iron and Steel Landscapes and Cultures
International Conference Announcement and Call for Papers from the Ironbridge International...

Vivre et travailler ... Parcours thématique européen de l’habitat et de l’architecture
Avec l’industrialisation, des possibilités nouvelles et inattendues s’offraient aux architectes et aux ingénieurs, notamment grâce à l’amélioration constante de matériaux comme le fer et le béton. Parce que les milliers d’ouvriers qui affluaient dans les régions industrielles en plein boom n’avaient pas de logements dignes de ce nom, l’industrialisation révolutionna également la construction des appartements.
Parmi les premiers entrepreneurs soucieux des questions sociales, on trouve le britannique Robert Owen, un pionnier du socialisme. A la fin du 18e siècle, il conçut le projet d’une ville idéale pour ses ouvriers dans la tradition des utopistes de la Renaissance, mais ne parvint pas à le réaliser. Titus Salt, un autre fabriquant de l’industrie du textile, eut plus de succès, et fit édifier le lotissement de maisons mitoyennes « Saltaire » à WestYorkshire en 1851.
En France, Charles Fourier développa de semblables idées communautaires qui rassemblent la production et la vie quotidienne dans un même lieu. C’est en suivant son modèle que Jean-Baptiste Godin réalisa un lotissement en 1859, à proximité de sa fonderie à Guise, le « Familistère »: ses immeubles d’habitation à plusieurs étages sont organisés autour d’une grande cour couverte d’une toiture en verre qui laisse passer la lumière et qui sert de salle de réunion. Des services publics tels qu’une école, un jardin d’enfants et des magasins sont intégrés dans l’ensemble.
L’urbaniste britannique Ebenezer Howard eut l’idée de la cité-jardin dans l’objectif de maîtriser la croissance incontrôlée des métropoles. Influencé par le philosophe de la nature américain Ralph Waldo Emerson, il propagea l’idée des petites villes intégrées dans le paysage, avec des maisons individuelles et des dispositifs collectifs. La propriété foncière devait devenir la propriété de tous. Le concept fut réalisé en 1903 dans la cité-jardin de Letchworth dans le Hertfordshire, puis dans la banlieue londonienne Hampstead Garden.
Les possibilités de l’architecture furent d’abord multipliées par le fer, la matière de base qui était continuellement optimisée durant la révolution industrielle: on réalisa des serres inondées de lumière avec du fer et du verre, comme la Maison des Palmes dans le quartier londonien de Kew ou, également à Londres, le fameux « Crystal Palace » de Joseph Paxton en 1851. Paxton se servait de vitres et de poutres préfabriqués, en bois ou en fer, et anticipa ainsi la standardisation qui devint plus tard la norme dans la construction industrielle du 20e siècle.
Le deuxième matériau, le béton armé, ne fut mis à la disposition des architectes qu’à partir de 1867, un matériau composite que le jardinier français Joseph Monier avait tout d’abord développé afin d’en faire des récipients pour les plantes. Grâce au composé intime de tiges ou de treillis en acier qui étaye les forces de traction avec un coffre en béton qui soutient les forces de compression, ce matériau permettait de construire des voûtes imposantes sans aucune poutre porteuse. A partir du tournant du siècle, on construisit de plus en plus de halls d’usines, de ponts et d’habitations en béton armé.
A cette époque, l’opposition entre les ingénieurs et les architectes, entre la construction fonctionnelle et l’art de la construction, devint de plus en plus grande. En Grande-Bretagne, le génie civil s’était développé à partir du métier de « bâtisseur des moulins », l’ingénieur en génie civil qui n’y entendait pas seulement quelque chose à la construction des bâtiments, mais aussi aux installations mécaniques des usines. Sydney Stott fut l’un de ses représentants ; il commença avec des usines de filatures à plusieurs étages près de Manchester, puis construisit dans la région frontalière allemande et néerlandaise caractérisée par son industrie du textile.
En retour, les architectes traditionalistes rappelèrent la qualité manufacturée et l’architecture médiévale. En Grande-Bretagne, le mouvement « Arts-and-Crafts » gagnait en influence à la fin du 19e siècle, tandis qu’en France, Eugène-Emmanuel Viollet-Le-Duc analysait les principes de construction de l’époque gothique. En Allemagne et en Autriche, on préférait le « Jugendstil », pour l’habitat comme pour la construction industrielle, ainsi qu’on peut le voir notamment dans la salle des machines de la mine Zollern à Dortmund.
Au début du siècle, un groupe d’architectes engagés se forma en Allemagne, dans l’objectif de rapprocher la création artistique des matériaux modernes et des constructions fonctionnelles. Peter Behrens, conseiller artistique depuis 1907 auprès du géant de l’énergie AEG, en fut le pionnier. Il construisit une fabrique de turbines à Berlin, en béton, en acier et en verre: c’est un hall de production fonctionnel, oblong et sans poutres, avec des fenêtres jusqu’au plafond, mais c’est aussi bien une mise en scène de la tradition en raison de sa façade aux angles massifs et de ses inébranlables colonnes.
Son collaborateur Walter Gropius développa ce concept en 1911 pour les usines Fagus à Alfeld, une fabrique de formes pour chaussures. Il dessina une façade composée de fenêtres maintenues par des cadres en fer très fins, dans laquelle il n’introduisit que d’étroits piliers de brique qui donnaient au bâtiment une impression de transparence et de légèreté. Le bâtiment administratif est devenu un véritable symbole de l’architecture moderne : ses arêtes entièrement réalisées en fenêtres de verre se passent de piliers, puisque Gropius avait déplacé les poutres porteuses à l’intérieur du bâtiment. De là est issue la façade ininterrompue de fenêtres, tendue comme un rideau, le fameux « curtain wall » qui est aussi l’une des marques distinctives de l’architecture du 20e siècle.
La solution la plus radicale pour la construction industrielle fut trouvée aux USA. Pour les usines Ford, les pionniers du travail à la chaîne, Albert Kahn construisit un bâtiment d’usine adapté à sa fonction en 1908, près de Detroit : dans cette longue salle au niveau du sol, les voitures traversaient les étapes de fabrication les unes après les autres, et étaient montées en très peu de temps grâce à des structures en acier préfabriquées et modulables à l’infini.
La crise du logement après la première guerre mondiale obligea les gouvernements et les groupes d’utilité publique à investir dans la construction de logements sociaux. En Grande-Bretagne, on construisit de grands lotissements composés de maisons individuelles, tandis qu’en Allemagne on érigea de grands ensembles d’habitations, de préférence de longues rangées parallèles avec juste assez d’espace entre elles pour que chaque rangée ait suffisamment de lumière. Souvent ces ensembles contenaient aussi des crèches, des magasins ou des laveries.
Les ensembles organisés autour d’une cour tels qu’ils furent construits dans les années 1920 à Vienne traduisent parfaitement l’idée communautaire. Le plus connu est aujourd’hui le « Karl-Marx-Hof », un monumental « palais d’habitation prolétaire » composé de maisons à cinq étages placées autour d’une grande cour verdoyante. Dans les cours du « Vienne rouge », qui ressemblent parfois à des châteaux forts, on intégrait également des magasins et des jardins d’enfants, parfois même des bibliothèques et des bureaux de poste. Des ensembles d’habitation très expressifs furent érigés aux Pays Bas : bâtis dans un premier temps avec les traditionnelles briques et parfois même couronnés d’une petite tourelle, ils seront plus tard construits en briques de béton préfabriquées, avec des façades individuellement articulées ou de couleurs différentes, comme notamment dans la cité-jardin « Watergraafsmeer » près d’Amsterdam.
Dans les cités conçues par des partisans de l’architecture fonctionnelle, on trouvait en revanche des maisons cubiformes aux toitures plates et au crépi blanc. La standardisation fut poussée tellement loin que les aspects réformateurs tels que l’orientation au soleil ou la création d’espaces verts passa au second plan, même dans les lotissements de Gropius. Gropius qui continuait de défendre l’idéal du logement communautaire s’engagea fortement pour la construction des gratte-ciels. Cette tendance atteignit son apogée dans l’œuvre du Corbusier, à la fois architecte et artiste. Son idée de la « ville-maison » se réalisa finalement en 1955 dans les « unités d’habitation » de Marseille : une énorme barre de béton avec plus de 300 logements, dans laquelle furent introduits une sorte de réseau routier et deux étages de magasins. Même si on lui reconnut rapidement certains défauts, cet aménagement eut une influence déterminante sur l’architecture de l’habitat.
