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Saxe-Anhalt. La Route de l’innovation d’Allemagne centrale
Au début du 20e siècle, la région de l’actuel Land de Saxe-Anhalt avance parmi les premières régions industrielles d’Europe. L’invention de l’engrais chimique à Piesteritz, la construction aéronautique novatrice dans les usines Junkers à Dessau et bien d’autres performances pionnières atteignent rapidement une renommée internationale. Les exploitations à ciel ouvert de lignite foisonnent tandis que les monumentales centrales d’énergie pourvoient au besoin en énergie des fabriques et encouragent tout particulièrement la formation d’une industrie chimique en plein essor. Le changement structurel après la réunification allemande révèle l’exploitation abusive de la nature et de l’environnement, mais produit en même temps une poussée globale de modernisation. Depuis, des entreprises moyennes ont pris la place des grandes et déterminent le cadre. Dans beaucoup d’endroits, le paysage des mines fut transformé en un paysage d’art et de villégiature.
Au départ, les richesses du sous-sol forment la base du développement industriel. Dans certains lieux, leur exploitation commence déjà au Moyen-âge. L’exploitation des mines de cuivre dans le bassin de Mansfeld notamment a commencé il y a plus de 800 ans. C’est ici, dans un puits des terres orientales du Harz près de Hettstedt que fut mise en service la première machine à vapeur allemande du type Watt. A Hettstedt, on peut voir sa copie conforme au « châtelet de Humboldt » de style baroque. Les visiteurs peuvent se faire une idée des difficultés du travail des mineurs du cuivre au 19e siècle à l’écomusée Röhrigschacht à Wettelrode en partant pour un voyage dans la terre à 300 m de profondeur. Et le trajet avec le train de la mine de Mansfeld, le plus ancien chemin de fer à voie étroite d’Allemagne, ramène ses passagers à l’époque où il y avait un trafic de marchandises et de personnes intense entre les nombreux puits et les installations minières de la région.
La production du sel de saumure tout au long de la Saale remonte aussi très loin dans le passé. Durant des siècles, « l’or blanc » est source de prospérité et de puissance. Ce n’est qu’avec l’arrivée des mines de sel gemme, au 19e siècle, que son importance sera diminuée. Bad Dürrenberg restera attachée à la technique traditionnelle de décoction du sel jusqu’en 1963. Le plus long bâtiment de graduation d’Europe y démontre comment la saumure était alors concentrée et nettoyée à grande échelle. L’histoire et les relations techniques de l’exploitation saline locale sont expliqués au Musée Borlach voisin.

Le sel est loin d’être le seul « or blanc » de Saxe-Anhalt. Dans les plaines de Magdeburg, des agriculteurs inventifs découvrirent le potentiel sucré de la betterave sucrière il y a plus de 160 ans. Par la suite, l’industrie sucrière se développa et devint un moteur important des débuts de l’industrialisation. La construction mécanique, dont le centre s’établit à Magdeburg, en fut l’autre moteur. Ceci s’explique essentiellement par la situation très centrale de la capitale actuelle du Land, qui lui a récemment valu un croisement fluvial extrêmement moderne et le pont-canal le plus long d’Europe. Par ailleurs, la réputation de Magdeburg comme capitale de la technique remonte jusqu’à Otto von Guericke, homme politique et scientifique, qui y analysa les caractéristiques du vacuum avec des expériences déterminantes au 17e siècle. Le Musée de la technique de Magdeburg permet de faire défiler les étapes de l’ère des machines, tout en faisant lui-même partie de cette histoire. Son exposition a pris place dans le hall où l’industriel de Magdeburg Hermann Gruson avait installé, en 1871, une fonderie de blindés dont les produits en fonte étaient très demandés, aussi bien par l’industrie de construction des chemins de fer que par l’armée prussienne. On le remarquera tout spécialement au Musée de la technique « Hugo Junkers », à Dessau, qui documente les acquis du célèbre fabricant d’avions allemand. Le premier avion commercial tout en métal du monde est sorti des usines Junkers à Dessau en 1919. La plus belle pièce de l’exposition du musée est l’un des derniers exemplaires du Junkers JU 52 qui écrivit l’une des pages de gloire de l’histoire de l’aviation en tant qu’avion de passagers dans les années 1930, et qui fut utilisée de Norvège jusqu’en Amérique du Sud.

A cette époque, le sud-ouest du Land de Saxe-Anhalt est déjà entièrement sous le signe de l’industrie chimique qui va tout déterminer. Son importance mondiale fut fondée par différents développements et technologies de la plus haute importance, dont notamment le premier caoutchouc synthétique allemand, une série de matières plastiques et d’alliages de métaux légers, la fibre synthétique perlon, sans oublier le procédé d’hydrogénation à haute pression pour l’ammoniaque qui servit entre autres comme matière de départ pour la production des engrais chimiques. Les abondantes réserves régionales de lignite, de sel gemme et de potasse conditionnent le développement rapide de l’industrie chimique en Allemagne moyenne depuis la fin du 19e siècle. Le lignite y joue le rôle d’un livreur d’énergie peu onéreux. Or, comme sa valeur énergétique est dérisoire par comparaison au charbon de terre, une industrialisation comme celle notamment dans le bassin de la Ruhr n’est pas immédiatement réalisable. Ce sont d’abord les fabriques sucrières qui se servent du nouveau support d’énergie. Elles se fournissent en lignite dans de petits puits à proximité et les transforment sur le site même de l’usine. L’usine à briquettes devenue l’actuel Musée de l’industrie « Hermannsschacht » à Zeitz est le seul vestige de cette première phase ; son parc de machines en grande partie préservé est une rareté technologique. L’usine est construite en 1989, à proximité immédiate d’une sucrerie. Cette proximité physique de la production et de la source d’énergie ne deviendra superflue qu’avec la possibilité technique de transporter le courant sur des distances plus importantes. Au lieu de faire venir du charbon lourd et sale et de le brûler sur place, les entreprises recourent dès lors à de l’énergie « propre » via le câble électrique.


Au début du 20e siècle, le lignite constitue la base énergétique de l’ensemble de l’Allemagne moyenne. Les dépôts rentables au nord-ouest de la Dübener Heide se transforment en immenses exploitations à ciel ouvert, les centrales d’énergie transforment le lignite de mauvaise qualité en énergie électrique de haute teneur. En 1915, Zschornewitz près de Bitterfeld, alors la plus grande centrale d’énergie à vapeur du monde, est mise en route. Plus au nord, la grande centrale d’énergie Vockerode est mise en service en 1938. Ces deux installations industrielles seront en grande partie démantelées après la Deuxième Guerre Mondiale en raison des exigences soviétiques de réparation des dommages de guerre, mais elles seront réactivés et agrandies par la direction de la RDA. Elles alimentent une agglomération industrielle dont les procédés de production et les grandes entreprises seront encore longtemps d’une importance capitale pour l’industrie chimique nationale. Le Musée allemand de la chimie de Merseburg tient compte de cette importance, tout comme le Musée de l’industrie et du film de Wolfen, dont les machines historiques ont produit en 1936 la première pellicule de couleur permettant une utilisation massive.
En 1939, un travailleur de l’industrie chimique d’Allemagne sur quatre est employé dans la région située entre Wittenberg et Zeitz. Parallèlement, des dizaines de milliers de mineurs excavent le lignite dans les exploitations à ciel ouvert. Afin de trouver suffisamment de logements pour leurs collaborateurs, de nombreuses entreprises décident de construire des cités ouvrières. Parmi les exemples les mieux entretenus, on compte la cité-jardin des anciennes usines impériales d’azote, construite entre 1916 et 1919 à Piesteritz. Une nouvelle impulsion est donnée au logement social, surtout dans la période de l’entre-deux-guerres. Entre 1926 et 1928, Walter Gropius, directeur de l’Ecole supérieure des arts décoratifs Bauhaus Dessau, construit la cité d’essai Törten, sur commande de la ville industrielle de Dessau, alors en plein essor. Son mode de construction tout à la fois industriel et esthétique témoigne du désir universel du Bauhaus de marier l’art et la technique. Du point de vue de l’histoire de l’art, ce désir marque le début de la modernité classique.

L’évolution vertigineuse des cent dernières années a laissé en héritage au Land de Saxe-Anhalt une culture industrielle à la fois riche et unique dans sa configuration particulière. Elle confronte aussi le pays à d’immenses dégâts écologiques dont l’envergure fut mise au jour après la réunification. De l’extérieur, on le voit surtout dans les paysages postindustriels des exploitations minières. Mais c’est là aussi que les changements actuels sont les plus clairement perceptibles. L’eau qui transforme les trous des exploitations minières en domaines lacustres de plus en plus attrayants y joue un rôle essentiel. Là où jadis d’énormes pelleteuses et chariots élévateurs ont déplacé des millions de mètres cube de terre, on crée aujourd’hui des parcs de villégiature de proximité et des biotopes.
Cela devient évident par exemple avec l’atelier central du Pfännerhall, anciennement un hall d’usine pour la réparation des chemins de fers miniers, aujourd’hui une construction industrielle historique, qui accompagne l’histoire et la réaffectation de la vallée du Geisel sur un plan créatif, culturel et scientifique. Pendant ce temps, le plus grand projet de land art au monde a réussi à s’imposer dans l’ancienne mine de lignite de Goitzsche. Ferropolis, déjà célèbre dans toute la République fédérale, se trouve sur une île de la mine Golpa-Nord déjà remplie d’eau. La « ville en fer » a plus d’une casquette : c’est un musée, un monument industriel, une sculpture en acier, une scène de concert, un parc thématique et, par ailleurs, un point d’ancrage de la Route européenne de la culture industrielle (ERIH) de même que le point de départ de la Route de l’innovation en Allemagne moyenne. Celle-ci relie en tout 17 monuments industriels entre Magdeburg et Zeitz. Ensemble, ils dessinent une image variée du passé industriel en Saxe-Anhalt et donnent aussi la preuve qu’il est possible, sur la base de ce passé, de développer des perspectives constructives pour l’avenir.

